Après plusieurs années d’expérimentation dans des pays africains, les vaccins contre le paludisme sont désormais intégrés aux programmes de vaccination de routine dans plusieurs pays du continent. La Guinée a rejoint ce mouvement en août 2025 avec l’introduction du RTS,S dans quatre districts sanitaires. Mais le vaccin ne constitue pas une solution unique : il vient renforcer un dispositif qui repose toujours sur les moustiquaires imprégnées, la chimioprévention, la lutte antivectorielle, le dépistage et le traitement.
Le vaccin contre le paludisme n’est plus une perspective lointaine en Afrique. Il fait désormais partie des outils de prévention utilisés dans les programmes nationaux de plusieurs pays du continent. La Guinée a franchi cette étape le 13 août 2025 en introduisant le vaccin RTS,S dans son Programme élargi de vaccination (PEV), dans quatre districts sanitaires : Mamou, Gaoual, Kankan et Yomou.
Cette introduction intervient dans un pays où le paludisme demeure un problème majeur de santé publique. Selon les données communiquées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et les partenaires de l’introduction du vaccin, la Guinée avait enregistré environ 4,43 millions de cas de paludisme en 2023. La maladie représentait alors plus du tiers des consultations et hospitalisations dans les structures sanitaires publiques.
Mais que peut réellement apporter ce nouveau vaccin ? Et surtout, peut-il remplacer les moyens de prévention déjà utilisés par les familles et les services de santé ?
Deux vaccins désormais recommandés par l’OMS
L’OMS recommande aujourd’hui deux vaccins contre le paludisme : le RTS,S/AS01 et le R21/Matrix-M. Tous deux ciblent Plasmodium falciparum, le parasite responsable de la forme la plus meurtrière du paludisme et le plus répandu en Afrique.
Le RTS,S est le premier vaccin antipaludique à avoir été recommandé par l’OMS, en 2021, après plusieurs années d’évaluation dans des programmes pilotes au Ghana, au Kenya et au Malawi.
En 2023, l’OMS a recommandé un deuxième vaccin, le R21/Matrix-M. L’existence de deux vaccins a permis d’accroître l’offre disponible et de répondre progressivement à la forte demande des pays africains.
Il ne s’agit toutefois pas de deux vaccins destinés à être administrés simultanément au même enfant. Le choix du produit dépend notamment de l’approvisionnement disponible, du coût et des caractéristiques du programme national.
Quels enfants sont concernés en Guinée ?
En Guinée, l’introduction du vaccin a commencé par les enfants âgés de 5 à 11 mois dans les quatre districts retenus pour cette première phase : Mamou, Gaoual, Kankan et Yomou.
Le calendrier communiqué lors de l’introduction prévoit quatre doses. La première est administrée à partir de 5 mois, la deuxième à 6 mois, la troisième à 7 mois et la quatrième à 15 mois. Pour les enfants qui commencent plus tard, les intervalles peuvent être adaptés conformément aux recommandations du programme.
L’objectif annoncé lors du lancement était de cibler environ 60 000 enfants chaque année dans ces quatre districts.
Il est important de préciser que cette première introduction n’équivaut pas à une vaccination antipaludique généralisée à tous les enfants du pays. Les données officielles consultées confirment le démarrage dans ces quatre districts, mais ne permettent pas d’établir, à elles seules, une éventuelle extension ultérieure à l’ensemble du territoire.
Une protection réelle, mais pas totale
La question de l’efficacité est centrale pour les parents.
Selon l’OMS, les essais cliniques de phase 3 ont montré que les deux vaccins réduisent de plus de 50 % les cas de paludisme au cours de la première année suivant la vaccination. Une quatrième dose permet de prolonger la protection.
Dans les zones où la transmission du paludisme est fortement saisonnière, les deux vaccins ont montré une réduction d’environ 75 % des épisodes de paludisme lorsqu’ils sont administrés selon une stratégie saisonnière adaptée.
Ces chiffres ne signifient donc pas qu’un enfant vacciné ne peut plus contracter le paludisme.
Le vaccin réduit le risque. Il ne supprime pas complètement la possibilité d’infection.
Cette nuance est essentielle pour éviter une fausse impression de sécurité chez les familles. Un enfant vacciné doit continuer à dormir sous une moustiquaire imprégnée, et les autres mesures de prévention doivent être maintenues.
Le vaccin ne remplace pas la moustiquaire
L’un des principaux messages de santé publique autour de cette innovation est précisément celui-ci : vaccination et autres moyens de prévention sont complémentaires.
La moustiquaire imprégnée d’insecticide reste un outil majeur pour réduire les contacts entre les moustiques vecteurs et les personnes. Dans les zones à transmission saisonnière, la chimioprévention du paludisme saisonnier permet également de protéger les enfants pendant les périodes où le risque est particulièrement élevé.
La prévention passe aussi par la lutte antivectorielle, le diagnostic rapide des cas suspects et leur traitement avec les médicaments antipaludiques recommandés.
L’OMS considère ainsi que l’impact maximal est obtenu lorsque plusieurs interventions sont combinées en fonction de la situation épidémiologique locale.
Pour la Guinée, cela signifie que l’introduction du vaccin ne doit pas être comprise comme un remplacement des programmes existants, mais comme un nouvel élément venant compléter l’arsenal de lutte contre le paludisme.
Pourquoi vacciner les jeunes enfants ?
Les enfants de moins de cinq ans figurent parmi les principales victimes du paludisme en Afrique. Leur système immunitaire n’a pas encore acquis la protection partielle qui peut se développer après plusieurs années d’exposition au parasite.
C’est pourquoi la stratégie vaccinale cible prioritairement les jeunes enfants dans les zones où la transmission est modérée ou élevée.
À l’échelle africaine, l’enjeu est considérable. L’OMS estime qu’environ 438 000 enfants africains sont morts du paludisme en 2024.
Les données issues des premiers pays ayant introduit le RTS,S apportent également des éléments importants. Une évaluation indépendante du programme pilote mené au Ghana, au Kenya et au Malawi entre 2019 et 2023 a conclu à une baisse de 13 % de la mortalité chez les enfants correspondant à l’âge éligible à la vaccination, ainsi qu’à une diminution importante des hospitalisations pour paludisme grave.
Ces résultats concernent toutefois les programmes pilotes et ne doivent pas être transposés automatiquement à la Guinée. L’efficacité réelle d’une intervention dépend aussi de la couverture vaccinale, du respect du calendrier, de la qualité du système de santé et de la persistance des autres mesures de lutte contre le paludisme.
Une sécurité surveillée
Comme tout vaccin, les vaccins antipaludiques font l’objet d’un suivi de sécurité.
Les données disponibles à ce jour sont considérées par l’OMS comme rassurantes. Les réactions les plus fréquemment observées sont notamment la fièvre et les réactions au point d’injection.
L’OMS signale également un faible risque de convulsions fébriles après vaccination, principalement dans les jours qui suivent l’administration. Les données de surveillance disponibles n’ont pas mis en évidence de signal de sécurité remettant en cause l’utilisation des vaccins recommandés.
La pharmacovigilance reste néanmoins indispensable à mesure que le nombre d’enfants vaccinés augmente.
La Guinée rejoint un mouvement continental
La Guinée a commencé son programme en 2025, après une première vague de pays ayant introduit le vaccin dans leurs programmes de vaccination infantile.
Le Ghana, le Kenya et le Malawi avaient été les premiers pays à participer au programme pilote lancé en 2019. À partir de 2024, le déploiement s’est accéléré avec notamment le Burkina Faso, le Cameroun, la Sierra Leone, le Bénin, le Liberia, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo, le Mozambique, le Niger, le Tchad, le Soudan et le Nigeria.
En 2025, plusieurs autres pays, dont la Guinée, le Burundi, l’Ouganda, le Mali, l’Éthiopie, le Togo et la Zambie, ont rejoint le mouvement.
En 2026, la Guinée-Bissau a également commencé à administrer le vaccin.
Selon les données de l’OMS mises à jour en février 2026, 25 pays africains proposaient alors des vaccins antipaludiques dans leurs programmes de vaccination infantile et conformément à leurs plans nationaux de lutte contre le paludisme.
Où en est la Guinée ?
L’introduction du RTS,S en Guinée constitue donc une avancée récente, mais encore ciblée.
Lors du lancement en août 2025, 568 400 doses avaient été réceptionnées avec l’appui de l’UNICEF pour soutenir cette première phase. Le dispositif prévoyait également la formation des agents de santé, le renforcement de la chaîne du froid et la mise en œuvre d’activités de communication auprès des communautés.
Le ministère de la Santé a par ailleurs continué à mettre en avant la lutte contre le paludisme parmi les priorités nationales. En juillet 2026, le ministère indiquait notamment que la chimioprévention du paludisme saisonnier couvrait 17 districts à forte transmission saisonnière.
Ces différentes interventions montrent que la stratégie guinéenne repose sur plusieurs niveaux de prévention : protéger les enfants grâce au vaccin, réduire l’exposition aux moustiques, prévenir les infections pendant les périodes de forte transmission, diagnostiquer rapidement les malades et assurer leur traitement.
Un outil supplémentaire, pas une solution miracle
L’arrivée des vaccins antipaludiques change néanmoins la stratégie de prévention. Pour la première fois, les programmes de santé disposent d’un outil permettant de stimuler directement une réponse immunitaire contre le parasite chez les jeunes enfants les plus exposés.
Mais les limites sont importantes : la protection n’est pas totale, plusieurs doses sont nécessaires et la vaccination doit être intégrée dans un système capable d’assurer le respect du calendrier et le suivi des enfants.
La question de l’équité d’accès constitue également un enjeu. L’OMS indique que, malgré une disponibilité accrue des vaccins, les contraintes financières continuent de limiter l’extension de certains programmes aux niveaux correspondant aux objectifs nationaux.
Pour la Guinée, le prochain enjeu sera donc autant celui de la continuité et de l’extension de la vaccination que celui de son intégration durable avec les autres interventions de lutte contre le paludisme.
Le vaccin ne fait pas disparaître le moustique, ne remplace pas la moustiquaire et ne dispense pas de consulter rapidement en cas de fièvre. Il ajoute une couche de protection supplémentaire. C’est dans cette combinaison que se trouve son principal intérêt pour la lutte contre le paludisme.






