AVC avant 40 ans : pourquoi les jeunes ne sont pas à l’abri

Longtemps associé à la vieillesse, l’accident vasculaire cérébral (AVC) peut aussi toucher des adolescents et de jeunes adultes. Hypertension, diabète, tabagisme, maladies cardiovasculaires, drépanocytose ou certaines prédispositions génétiques peuvent contribuer à sa survenue. Face à des signes soudains — visage déformé, faiblesse d’un bras, trouble de la parole — la rapidité de la prise en charge peut faire la différence.

L’AVC n’attend pas forcément la vieillesse

Un accident vasculaire cérébral survient lorsque la circulation sanguine vers une partie du cerveau est interrompue, généralement par l’obstruction d’un vaisseau, ou lorsqu’un vaisseau cérébral se rompt et provoque une hémorragie. Dans les deux cas, le cerveau peut être rapidement endommagé et l’AVC constitue une urgence médicale. (Organisation Mondiale de la Santé)

Contrairement à une idée largement répandue, l’âge ne constitue donc pas une condition nécessaire pour faire un AVC. Les instituts américains de santé rappellent que l’AVC peut survenir à tout âge, y compris chez les enfants et les jeunes adultes. Le risque augmente toutefois avec l’âge. (Health)

Chez une personne de moins de 40 ans, un AVC doit donc conduire à rechercher les causes et facteurs de risque particuliers, sans conclure qu’il s’agit d’un événement « impossible » en raison de son âge.

L’hypertension, un facteur majeur

Parmi les facteurs de risque, l’hypertension artérielle occupe une place centrale. L’OMS la présente comme le principal facteur responsable des AVC et indique que les personnes hypertendues ont un risque d’AVC près de trois fois supérieur à celui des personnes qui ne le sont pas. (Organisation Mondiale de la Santé)

Le problème est que l’hypertension peut rester longtemps silencieuse. Une personne jeune peut donc avoir une tension élevée sans ressentir de symptôme particulier et ne découvrir son problème qu’à l’occasion d’une complication.

En Guinée, les données disponibles montrent que l’hypertension constitue déjà un enjeu important de santé publique. Selon le profil de l’OMS publié en 2023, la prévalence standardisée de l’hypertension chez les adultes de 30 à 79 ans était estimée à 40,9 % en 2019. Le même profil estimait à environ 1,3 million le nombre d’adultes guinéens de cette tranche d’âge vivant avec une hypertension, avec seulement 7 % des personnes hypertendues considérées comme ayant une tension contrôlée. (datadot)

Ces données ne permettent pas, à elles seules, d’établir la fréquence des AVC chez les moins de 40 ans en Guinée. Elles illustrent néanmoins l’importance du dépistage et du contrôle de la tension artérielle.

Diabète, tabac et mode de vie : des risques qui peuvent commencer tôt

L’hypertension n’est pas le seul facteur en cause. Le diabète, le cholestérol élevé, le surpoids ou l’obésité, la sédentarité, une alimentation déséquilibrée, la consommation nocive d’alcool et le tabagisme sont également associés au risque d’AVC. (Organisation Mondiale de la Santé)

Le tabac mérite une attention particulière chez les jeunes. L’OMS indique qu’il est associé à une part importante des décès dus aux AVC chez les personnes de moins de 65 ans. (Organisation Mondiale de la Santé)

L’enjeu de prévention commence donc bien avant l’âge où l’on imagine généralement apparaître les maladies cardiovasculaires : connaître sa tension artérielle, dépister et traiter le diabète lorsqu’il existe, éviter le tabac, pratiquer régulièrement une activité physique et adopter une alimentation équilibrée font partie des mesures susceptibles de réduire le risque.

Et la drépanocytose ?

Chez les enfants, les adolescents et les jeunes adultes, certaines causes particulières doivent également être prises en compte. C’est notamment le cas de la drépanocytose, une maladie génétique du sang.

Les globules rouges des personnes atteintes peuvent prendre une forme anormale et rigide, ce qui peut perturber la circulation sanguine. Les National Institutes of Health américains identifient la drépanocytose comme un facteur important d’AVC chez les jeunes, notamment parce qu’elle peut entraîner un rétrécissement des vaisseaux cérébraux. (NINDS)

Il faut toutefois distinguer maladie drépanocytaire et trait drépanocytaire. Être porteur du trait ne signifie pas automatiquement être atteint de la maladie ni présenter le même niveau de risque. Une étude portant spécifiquement sur le trait drépanocytaire et l’AVC ischémique précoce n’a d’ailleurs pas retrouvé d’association dans sa population étudiée. (PubMed Central (PMC))

Les gènes peuvent aussi intervenir

L’histoire familiale peut également fournir des indices. Les antécédents familiaux d’AVC sont considérés comme un facteur de risque, et certaines maladies génétiques peuvent favoriser des troubles de la coagulation ou des anomalies des vaisseaux sanguins. (NHLBI, NIH)

Chez un jeune patient victime d’un AVC, la recherche de la cause peut donc être plus large que la seule hypertension. Les médecins peuvent notamment rechercher des problèmes cardiaques, des troubles de la coagulation, certaines anomalies vasculaires, des maladies hématologiques ou d’autres conditions particulières.

Cela explique aussi pourquoi il est difficile d’attribuer systématiquement un AVC chez un jeune à son « mode de vie ». Tous les AVC précoces ne sont pas évitables et tous ne sont pas liés aux mêmes causes.

Comment reconnaître un AVC ?

Le principal danger, après la survenue de l’AVC, est de perdre du temps.

Les symptômes apparaissent souvent brutalement : faiblesse ou engourdissement du visage, d’un bras ou d’une jambe, particulièrement d’un seul côté du corps ; difficulté soudaine à parler ou à comprendre ; trouble soudain de la vision ; perte d’équilibre ou vertiges ; ou encore mal de tête intense et inhabituel. (CDC)

Pourquoi chaque minute compte

Un AVC n’est pas une situation dans laquelle il faut attendre de voir si les symptômes disparaissent. Plus rapidement le diagnostic est posé, plus rapidement une prise en charge adaptée peut être envisagée.

Pour un AVC ischémique, certains traitements destinés à rétablir la circulation sanguine doivent être administrés dans des délais précis et, chez certains patients, une thrombectomie peut également être envisagée. Pour un AVC hémorragique, la prise en charge est différente et peut notamment nécessiter un contrôle urgent de la pression artérielle et, dans certains cas, une intervention spécialisée. (Organisation Mondiale de la Santé)

La première réaction face à des signes évocateurs est donc de chercher immédiatement une prise en charge médicale d’urgence, plutôt que d’attendre une amélioration spontanée ou de tenter un traitement à domicile.

Il est également utile de noter l’heure approximative à laquelle les premiers symptômes sont apparus : cette information peut aider l’équipe médicale à déterminer les options thérapeutiques. (CDC)

Prévenir sans attendre 40 ans

Prévenir l’AVC chez les jeunes ne signifie pas vivre dans la crainte d’un accident rare. Il s’agit surtout de ne pas négliger des facteurs de risque qui peuvent apparaître longtemps avant la vieillesse.

Le contrôle régulier de la pression artérielle, le dépistage et la prise en charge du diabète, l’arrêt du tabac, une activité physique régulière, une alimentation équilibrée et la limitation de la consommation nocive d’alcool font partie des mesures reconnues pour réduire le risque cardiovasculaire. (Organisation Mondiale de la Santé)

Pour les personnes atteintes de maladies susceptibles d’augmenter le risque d’AVC, comme la drépanocytose ou certaines maladies cardiovasculaires, le suivi médical est particulièrement important.

L’idée essentielle est donc simple : être jeune réduit le risque d’AVC, mais ne l’annule pas. Face à un visage soudainement asymétrique, un bras qui faiblit ou une parole qui devient anormale, l’âge ne doit jamais être une raison pour attendre.