Kindia, 1er octobre 2026 — Comment convaincre une mère de faire dormir son enfant sous une moustiquaire chaque nuit ? Comment expliquer à une femme enceinte l’intérêt du traitement préventif contre le paludisme ? Et surtout, comment montrer à une famille qu’un repas préparé avec des produits disponibles au village peut répondre aux besoins nutritionnels d’un jeune enfant ?
Ce sont quelques-unes des questions abordées du 28 septembre au 1er octobre à l’Hôtel Santa Maria de Kindia, lors d’une formation réunissant les points focaux communication et promotion de la santé et les agents de surveillance à base communautaire des régions de Conakry, Labé, Boké et Kindia.
Organisée dans le cadre du projet REACH Malaria, la rencontre a combiné communication pour le changement social et de comportement, prévention du paludisme et nutrition. L’objectif : donner aux acteurs de terrain des outils qu’ils pourront ensuite utiliser directement auprès des familles.
Organisations à base communautaire : ces relais qui connaissent les réalités du terrain
Dans de nombreuses communautés, les messages de santé passent d’abord par des personnes connues des habitants : membres d’associations, relais communautaires, agents de surveillance ou responsables locaux.
Les Organisations à Base Communautaire (OCB), de par leur proximité avec les communautés, doivent notamment contribuer à parler de prévention, encourager les familles à utiliser les services de santé et aider à faire circuler les bonnes pratiques au sein des quartiers et des villages. Elles peuvent notamment aider à faire passer les messages sur la prévention du paludisme et la nutrition des enfants, mais aussi orienter les personnes qui ont besoin de soins.
C’est pour matérialiser cela, que le Service National de Promotion de la Santé (SNPS), avec le soutien du projet REACH Malaria, cherche à créer un pool de formateurs des OCB dans toutes les régions d’intervention du projet. Selon Dr Moussa Soumah, directeur du SNPS, « Après cette formation, les Points focaux communication et promotion de la santé et les agents de surveillance à base communautaire, doivent à leur tour, former les OCB de leur district sanitaire, pour qu’elles soient capables de parler aux communautés dans un langage qu’elles comprennent et qui tient compte de leurs réalités quotidiennes ».
Apprendre à faire participer plutôt qu’à simplement informer
Pendant la formation, les participants n’ont pas seulement appris quoi dire. Ils ont aussi travaillé sur la manière de le dire.
C’est tout l’intérêt du module consacré à l’andragogie et au changement social et comportemental présenté par Dr Mamadou Kaba Sow, cadre du SNPS, avec l’appui d’un de ses collègues.
L’idée est simple : face à un adulte, le formateur ne peut pas se contenter de réciter un message. Il doit partir de ce que les personnes savent déjà, écouter leurs expériences et comprendre ce qui les empêche éventuellement d’adopter une pratique recommandée.
La formation a notamment insisté sur les questions ouvertes et l’écoute. Une personne qui refuse de dormir sous une moustiquaire, par exemple, peut avoir plusieurs raisons de le faire : chaleur, démangeaisons, mauvaise utilisation ou simplement habitudes familiales. Pour les formateurs, comprendre cette raison est une étape avant de chercher une réponse adaptée.
Dormir sous moustiquaire, principal moyen de lutte contre le paludisme
Le paludisme a occupé une place centrale dans les échanges.
Ibrahima Sanoh, chargé de communication au Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), a consacré ses interventions aux techniques d’animation des causeries éducatives, aux dialogues communautaires et aux autres moyens de communiquer avec les populations.
Il a également présenté les principales mesures de prévention : utilisation régulière des moustiquaires imprégnées d’insecticide à longue durée d’action (MILDA), traitement préventif intermittent pendant la grossesse, la chimioprévention du paludisme saisonnier (CPS) chez les enfants éligibles, pulvérisation intra domiciliaire ainsi que d’autres mesures approuvées.
Dans sa communication, Ibrahima Sanoh a rappelé que « Sur le terrain, les difficultés ne sont pas toujours liées à un manque d’information. Certaines familles évoquent par exemple la chaleur sous les moustiquaires ou les démangeaisons. D’autres s’interrogent sur la prise de la sulfadoxine-pyriméthamine (SP)». Il a invité les futurs formateurs à ne pas répondre à ces préoccupations par des messages culpabilisateurs, mais à écouter, expliquer et dialoguer.
Pour les OCB, cela signifie aussi aller au-delà de la sensibilisation. Elles peuvent aider les familles à utiliser correctement les moustiquaires, participer aux activités de mobilisation, encourager l’assainissement du milieu et orienter rapidement vers un centre de santé les personnes présentant des signes de maladie.
Un repas simple à base de produits locaux peut être très nutritif
Dans la deuxième partie de la formation, les participants ont quitté les messages généraux sur la nutrition pour entrer dans le concret : quels aliments utiliser et comment les préparer ?
Dr Fassou Kolié, assistant technique à la Division Alimentation et Nutrition au Ministère de la santé et de l’Hygiène Publique, a présenté les bonnes pratiques d’alimentation complémentaire pour les enfants de 6 à 23 mois, ainsi que les besoins alimentaires des femmes enceintes et allaitantes.
Les participants ont revisité les principaux groupes d’aliments. Le riz, le maïs, les tubercules et les huiles apportent notamment de l’énergie. Les œufs, le poisson, la viande, les haricots, le lait ou les arachides contribuent à la construction de l’organisme. Les légumes et les fruits apportent, eux, des vitamines et des minéraux.
Mais le message central était surtout de varier les aliments et de tirer davantage parti des produits disponibles localement.
Dr Fassou Kolié a également présenté plusieurs recettes destinées aux enfants de 6 à 23 mois. L’exercice devait permettre aux participants de repartir avec des exemples qu’ils pourront reproduire lors des activités communautaires.
Une démonstration culinaire ne consiste donc pas simplement à préparer un plat devant un groupe. Il faut expliquer les aliments utilisés, leur intérêt nutritionnel, montrer les différentes étapes de préparation et rappeler les règles d’hygiène : lavage des mains, propreté des ustensiles, bonne cuisson et respect des quantités.
À Kindia, le pari du SNPS et de REACH Malaria repose donc sur une idée très concrète : pour que les messages de santé atteignent les familles, ils doivent aussi être portés par des personnes qui vivent au plus près d’elles, comprennent leurs habitudes et savent dialoguer avec elles.






