Un inventaire de l’Agence nationale de lutte contre la corruption et de promotion de la bonne gouvernance (ANLC-PBG) révèle 85,67 milliards de francs guinéens de médicaments périmés ou détériorés à la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA). Cette situation soulève des questions sur l’accès aux médicaments, la sécurité des patients et la gestion des stocks dans le pays.
La découverte de stocks importants de médicaments périmés à la Pharmacie centrale de Guinée (PCG-SA) suscite des inquiétudes. Cet établissement joue un rôle clé dans l’approvisionnement des structures sanitaires du pays.
Selon les informations rapportées sur les investigations de l’ANLC-PBG, un inventaire réalisé entre le 15 février et le 17 mars 2026 a révélé des produits périmés ou détériorés. Leur valeur atteindrait 85,67 milliards GNF au prix de vente. La kétamine représente à elle seule 24,15 milliards GNF. Des antibiotiques, des médicaments pour le cœur et des produits injectables figurent aussi parmi les stocks concernés.
Ces constats alimentent désormais une enquête judiciaire. Mais au-delà des responsabilités éventuelles, une question se pose : quelles conséquences cette situation peut-elle avoir sur les patients et les établissements de santé en Guinée ?
Des médicaments qui ne peuvent plus servir aux patients
La première conséquence concerne la disponibilité des médicaments.
Un médicament périmé ne doit plus être utilisé. Après sa date de péremption, le fabricant ne garantit plus sa qualité ni son efficacité. Les structures sanitaires doivent donc le retirer de leurs stocks utilisables.
À la PCG-SA, les quantités signalées soulèvent des interrogations sur la gestion des approvisionnements. Des médicaments ont-ils manqué dans les hôpitaux alors que d’importants stocks restaient dans les entrepôts ?
Si les produits concernés répondaient à des besoins réels, leur péremption représente une perte pour les structures sanitaires. La centrale devra alors acheter de nouveaux produits pour les remplacer.
Cette situation pourrait compliquer l’approvisionnement des hôpitaux et des centres de santé qui dépendent de la PCG.
Un risque de rupture pour les soins
La disponibilité des médicaments joue un rôle essentiel dans la prise en charge des patients.
Les antibiotiques, les médicaments cardiovasculaires et les produits injectables permettent de traiter de nombreuses maladies. Les solutés servent aussi dans plusieurs soins hospitaliers.
Lorsque les stocks diminuent, les établissements doivent chercher d’autres fournisseurs. Ils peuvent aussi modifier leurs circuits d’achat ou reporter certains soins.
Les patients risquent alors de subir les conséquences de ces difficultés. Certains peuvent devoir acheter leurs médicaments dans les pharmacies privées ou même dans les marchés parallèles. D’autres peuvent dépenser davantage ou se rendre dans un autre établissement pour trouver leur traitement.
Toutefois, les informations actuellement disponibles ne permettent pas d’affirmer que les stocks périmés de la PCG ont déjà provoqué des ruptures de médicaments dans les hôpitaux guinéens.
Des médicaments périmés : quels risques pour les patients ?
La présence de médicaments périmés dans les entrepôts pose aussi un problème de sécurité sanitaire.
Avec le temps, certains médicaments peuvent perdre leur efficacité. D’autres peuvent subir des changements liés à leur composition ou à leurs conditions de conservation.
Un patient qui prend un médicament périmé risque donc de recevoir un traitement moins efficace. Selon le produit et son état, il peut aussi s’exposer à d’autres risques.
C’est pourquoi les autorités sanitaires doivent retirer rapidement ces produits des stocks destinés à la distribution.
La traçabilité joue ici un rôle essentiel. Elle permet de retrouver chaque produit, son numéro de lot, sa date de péremption et sa destination.
Or, les informations sur le dossier de la PCG font état de plusieurs anomalies. Certains numéros de lots ne correspondraient pas aux registres informatiques. Des fiches de stock manqueraient également. Des transferts de médicaments auraient aussi eu lieu sans justificatifs suffisants.
Ces problèmes compliquent le suivi des produits. Ils rendent plus difficile la vérification de leur parcours, depuis leur réception jusqu’à leur distribution.
Des pertes financières qui pèsent sur le système de santé
La péremption des médicaments entraîne aussi un gaspillage de ressources publiques.
L’argent consacré à l’achat de ces produits ne peut plus servir à approvisionner les structures sanitaires. La PCG doit alors mobiliser de nouvelles ressources pour remplacer les stocks inutilisables.
Dans le cas présent, la valeur des médicaments périmés ou détériorés atteindrait 85,67 milliards GNF, selon l’inventaire rapporté.
Cette situation intervient dans un contexte financier déjà difficile pour la société. Selon les informations liées à l’enquête, la PCG aurait enregistré une perte nette de 100,68 milliards GNF en 2025. En 2024, elle avait pourtant réalisé un bénéfice de 2,8 milliards GNF.
Attention toutefois : ces deux montants ne représentent pas la même chose. Les 85,67 milliards GNF correspondent à la valeur des produits concernés au prix de vente. Les 100,68 milliards GNF représentent le résultat net de la société.
Ces chiffres montrent l’importance des difficultés financières signalées. Ils posent aussi la question de la capacité de la PCG à assurer durablement sa mission d’approvisionnement.
Le stockage des produits périmés pose aussi un problème environnemental
La gestion des médicaments périmés ne s’arrête pas à leur retrait des stocks.
Les autorités doivent les isoler dans des espaces sécurisés. Elles doivent ensuite les détruire selon des méthodes adaptées à leur nature.
Cette précaution évite leur retour dans le circuit de distribution. Elle protège aussi les travailleurs et l’environnement.
Or, les informations sur l’enquête signalent plusieurs problèmes de stockage. Des produits périmés auraient été conservés avec des médicaments encore utilisables. À Manéah, certains auraient même été entreposés à l’air libre avant leur incinération.
Ces pratiques soulèvent des questions sur la sécurité des entrepôts et la gestion des déchets pharmaceutiques.
L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande de séparer les produits périmés des stocks utilisables. Elle préconise aussi un suivi précis de leur destruction.
Comment éviter de nouvelles pertes ?
La situation de la PCG met en évidence la nécessité de mieux gérer les stocks de médicaments.
Plusieurs mesures peuvent aider à prévenir de nouvelles pertes.
La première consiste à appliquer le principe « First Expiry, First Out » (FEFO). Cette méthode donne la priorité aux produits dont la date de péremption approche le plus vite.
La PCG doit aussi renforcer le suivi informatique des stocks. Un tel système permet de connaître les quantités disponibles, les numéros de lots et les dates de péremption.
Des contrôles physiques réguliers peuvent compléter ce dispositif. Ils permettent de comparer les stocks réels avec les données informatiques.
La centrale doit également mieux adapter ses commandes aux besoins des hôpitaux et des centres de santé. Une bonne planification limite les achats excessifs et les risques de péremption.
Enfin, les responsables doivent vérifier chaque livraison. Ils doivent contrôler la qualité, le dosage, le conditionnement et la durée de conservation des médicaments reçus.
Des explications attendues de la PCG et du ministère de la Santé
Cette affaire appelle des réponses claires des autorités sanitaires.
La PCG doit notamment expliquer les causes de l’accumulation de ces stocks. S’agit-il de commandes trop importantes ? De retards dans la distribution ? D’une mauvaise rotation des produits ? Ou de défaillances dans la gestion des entrepôts ?
Le ministère de la Santé doit également préciser les mesures prises pour protéger les stocks encore utilisables. Il doit aussi expliquer comment les autorités comptent remplacer les médicaments détruits.
Une autre question reste essentielle : les hôpitaux et les centres de santé disposent-ils actuellement des médicaments dont ils ont besoin ?
L’enquête judiciaire devra, de son côté, établir les responsabilités éventuelles dans les achats, la réception et la gestion des produits concernés.
Au-delà de cette procédure, l’enjeu concerne toute la population. Les ressources consacrées aux médicaments doivent répondre aux besoins des patients. Elles ne doivent pas finir dans des entrepôts sous forme de stocks inutilisables.
En Guinée, où l’accès aux médicaments reste un défi pour de nombreuses familles, la bonne gestion des stocks pharmaceutiques constitue un enjeu majeur de santé publique.








